
Les racines (avant 1950)
Une vieille idée : imiter la vie et la pensée
Bien avant les ordinateurs, les humains rêvent de fabriquer des êtres artificiels. La mythologie grecque raconte que Talos, un géant de bronze, gardait l’île de Crète. La tradition juive du Golem, une figure d’argile animée par un mot sacré, est racontée à Prague au XVIe siècle autour du rabbin Loew. Ces récits posent déjà la question qui revient aujourd’hui : que se passe-t-il quand ce que nous fabriquons nous échappe ?
À côté des légendes, de vrais automates existent. Au XIIIe siècle, l’ingénieur Al-Jazari décrit des machines à eau qui servent le vin ou jouent de la musique. Au XVIIIe siècle, le canard de Vaucanson (1739) fascine l’Europe en imitant la digestion. Le « Turc mécanique », joueur d’échecs présenté en 1770, est lui une supercherie : un humain se cachait dans la machine. Ces objets imitent des gestes, pas une pensée, mais ils entretiennent l’idée qu’une machine pourrait un jour imiter un esprit.
Calculer, c’est déjà un peu penser
Au XVIIe siècle, on construit les premières machines à calculer. En 1642, Blaise Pascal, alors âgé de 19 ans, invente la Pascaline pour aider son père, collecteur d’impôts à Rouen. Elle additionne et soustrait avec des roues dentées. Vers 1673, Gottfried Leibniz conçoit une machine qui sait aussi multiplier et diviser.
Leibniz va plus loin que la mécanique. Il imagine un langage universel dans lequel on pourrait trancher une dispute en calculant, et il étudie le système binaire (0 et 1), celui que les ordinateurs utiliseront trois siècles plus tard. À la même époque, le philosophe Thomas Hobbes écrit que raisonner revient à calculer. Au XIXe siècle, George Boole transforme cette idée en mathématiques : son algèbre (1854) montre que le raisonnement logique peut s’écrire avec des 0 et des 1.
Babbage et Lovelace : la première machine programmable (imaginée)
Dans les années 1830, l’Anglais Charles Babbage conçoit la machine analytique. Elle comprend une unité de calcul, une mémoire et des instructions fournies par des cartes perforées, comme celles des métiers à tisser de Jacquard. Ce sont les principes d’un ordinateur moderne. La machine n’a jamais été construite à l’époque, faute de moyens et de précision mécanique.
Ada Lovelace, mathématicienne et fille du poète Lord Byron, comprend la portée de cette idée. Dans des notes publiées en 1843, elle décrit une méthode de calcul pas à pas pour la machine, souvent présentée comme le premier programme informatique (les historiens débattent de la part exacte de Babbage). Elle voit surtout que la machine pourrait manipuler des symboles et pas seulement des chiffres : de la musique, par exemple, si ses règles étaient traduites en symboles.
Elle ajoute une réserve qui reste célèbre : la machine ne crée rien d’elle-même, elle exécute ce qu’on lui ordonne. Alan Turing la discutera en 1950 sous le nom d’« objection de Lady Lovelace », et la question revient aujourd’hui avec l’IA générative.
Les fondations théoriques (années 1930-1940)
- 1936 : Alan Turing décrit une « machine universelle » théorique, capable d’exécuter n’importe quel calcul décrit par des règles. C’est le plan de nos ordinateurs.
- 1937 : Claude Shannon montre que des circuits électriques (interrupteurs) peuvent réaliser la logique de Boole. Il fonde ensuite la théorie de l’information (1948).
- 1945 : l’ENIAC, un des premiers grands ordinateurs électroniques, entre en service aux États-Unis.
- 1948 : Norbert Wiener publie la cybernétique, l’étude du contrôle et de la communication chez les machines et les êtres vivants.
1943 : le premier neurone artificiel
Le neurophysiologiste Warren McCulloch et le jeune logicien Walter Pitts publient un modèle simplifié du neurone. Il reçoit des signaux, les additionne, et s’« active » s’ils dépassent un seuil. Ils montrent qu’un réseau de ces neurones peut réaliser des opérations logiques. L’idée sous-jacente est que le cerveau fonctionne comme un calculateur et qu’on peut le modéliser.
Ce modèle est très simplifié et il n’apprend pas. En 1949, le psychologue Donald Hebb propose qu’un neurone apprend en renforçant ses liens avec ceux qui s’activent en même temps que lui. Cette idée de l’apprentissage par ajustement des connexions est au cœur des réseaux de neurones actuels, comme ceux qui font fonctionner les assistants d’IA.
À retenir
Avant 1950, les trois ingrédients de l’IA sont déjà là : l’ambition (imiter la pensée), le calcul (des machines programmables) et la logique (le raisonnement traduit en 0 et en 1). Il manque des machines assez puissantes et des idées pour les faire apprendre.
Le tournant arrive en 1950, avec l’article de Turing « Les machines peuvent-elles penser ? », et en 1956, avec la conférence de Dartmouth où le terme « intelligence artificielle » est utilisé pour la première fois.
Références:
https://fr.wikipedia.org/wiki/Histoire_de_l’intelligence_artificielle
https://aiworldtoday.com/analysis/ais-origins-foundations-before-1950
https://justanotherai.com/artificial-intelligence-pioneering-foundations-from-1900-1950/
Cet article a été mis en forme et l’image d’illustration ont été générés par IA.
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Les Prémices (1950–1960) « Quand l’homme a rêvé de machines intelligentes »
